La Vénus d'Arles rentre chez elle : le Louvre renvoie sa star en Bouches-du-Rhône
Prêtée par le Louvre, la Vénus d'Arles est arrivée dans sa ville natale. L'exposition Le Passage de Vénus ouvre le 24 avril 2026 au Musée départemental Arles antique pour six mois.
Par Léa Simon · Journaliste
5 min de lecture

Trois cent soixante-quinze ans après sa découverte dans un trou du théâtre antique, la Vénus d'Arles a retrouvé sa ville natale. La sculpture, propriété du Louvre depuis Louis XIV, a été réceptionnée le 16 avril au Musée départemental Arles antique. Les équipes ont déballé la statue avec mille précautions, en présence des commissaires venus de Paris.
Le prêt n'est pas anodin. C'est la première fois depuis 2013 que la Vénus quitte la salle des Caryatides du Louvre pour revenir dans les Bouches-du-Rhône. L'opération a nécessité des mois de négociation et une logistique serrée pour transporter le marbre haut de près de deux mètres jusqu'à Arles.
Pourquoi ce retour a-t-il mis si longtemps à se concrétiser ?
Le dossier trainait depuis plusieurs années. Le Département des Bouches-du-Rhône, propriétaire du musée, voulait une pièce emblématique pour marquer le coup. Le Louvre tenait à ses conditions :
- vitrine climatisée
- assurance à la hauteur
- scénographie validée par ses conservateurs
La directrice du musée, Romy Wyche, a porté le projet. Ludovic Laugier, conservateur en chef des sculptures grecques au Louvre, a supervisé la partie parisienne. Jean de Loisy, ancien président du Palais de Tokyo et directeur artistique de la Fondation Vincent van Gogh Arles, a bouclé le commissariat.
Le résultat s'appelle « Le Passage de Vénus ». L'exposition ouvre au public le 24 avril et court jusqu'au 31 octobre 2026. Six mois pour voir la statue dans le lieu où elle a été déterrée.
Une découverte un peu par hasard en 1651
L'histoire de la Vénus commence en juin 1651. Des ouvriers creusent une citerne près du théâtre antique d'Arles. Ils tombent sur trois fragments de marbre. Un torse, une tête, des jambes. Le reste manque.
La nouvelle file vite dans le royaume. Les amateurs d'antiquités se pressent. Louis XIV récupère la pièce en 1683 : la ville d'Arles l'offre au roi, qui la fait installer à Versailles. François Girardon, sculpteur officiel de la cour, reprend la statue pour lui ajouter des bras, une pomme et un miroir. Rien de tout cela n'était là à l'origine.
Les archéologues modernes pensent que la Vénus ornait le mur de scène du théâtre romain, au niveau du postscaenium, entre les colonnes corinthiennes. C'est une copie en marbre d'Italie réalisée au Ier siècle avant notre ère, d'après un bronze grec de Praxitèle datant du IVe siècle avant JC. L'original est perdu depuis l'Antiquité.
Que va-t-on voir concrètement dans l'exposition ?
La Vénus est le cœur du parcours, mais elle n'est pas seule. Le musée présente près de quatre-vingts œuvres, dont trente-trois prêtées par le Louvre. Statues antiques, peintures classiques, photographies, installations contemporaines. L'idée : montrer comment la figure de Vénus traverse les siècles.
Gustave Moreau ouvre le bal avec ses toiles symbolistes. Man Ray apporte ses tirages. Andy Warhol signe des sérigraphies autour du mythe. Chantal Akerman et Niki de Saint Phalle ferment la marche côté contemporain. Le fil conducteur reste le désir, le pouvoir, la beauté et l'émancipation féminine vus à travers Aphrodite.
La scénographie est confiée à Nathalie Crinière, qui a déjà signé plusieurs expositions au Louvre et à la Cinémathèque. Les visiteurs entrent dans l'espace temporaire du premier étage, où les œuvres dialoguent sans cloisonnement strict entre les époques.
Les horaires et tarifs à connaître
Le musée ouvre tous les jours de 9h30 à 18h, sauf le mardi et le 1er mai. Fermeture de la billetterie trente minutes avant.
- Tarif plein : 8 euros
- Tarif réduit : 5 euros
- Gratuité le premier dimanche de chaque mois, comme pour les collections permanentes
Pour rejoindre le musée depuis Marseille, le plus simple reste le train jusqu'à la gare d'Arles puis le bus de la navette urbaine A. Comptez une heure depuis Saint-Charles en TER direct. Ceux qui viennent en voiture trouveront un parking gratuit sur place, ce qui change agréablement du centre-ville arlésien souvent saturé.
Une copie déjà visible au rond-point Chabourlet
Les Arlésiens ont pu croiser une première Vénus dès le mois de mars. Une copie en marbre, commandée par la mairie, a été installée le 3 mars au rond-point Chabourlet, à l'entrée de la ville. Le socle a été taillé par l'entreprise locale La pierre au carré, dans ses ateliers arlésiens.
L'original, lui, ne bougera pas du musée pendant les six mois de l'exposition. Après le 31 octobre, il repart au Louvre et reprendra sa place dans la galerie Darue. Pour le revoir en Provence, il faudra probablement attendre une décennie au bas mot.
Pourquoi l'événement compte pour le territoire
Le Musée départemental Arles antique n'est pas un petit musée de province. Il gère déjà des collections exceptionnelles :
- la barge romaine Arles-Rhône 3
- les sarcophages paléochrétiens
- le buste présumé de Jules César retrouvé dans le Rhône en 2007
L'arrivée de la Vénus place l'institution dans une autre dimension médiatique.
Le Département des Bouches-du-Rhône table sur un bond de fréquentation. En 2024, le musée avait accueilli environ 200 000 visiteurs. Les responsables espèrent flirter avec les 400 000 sur la période de l'exposition, avec une clientèle touristique qui déborde largement des frontières régionales.
Pour la ville, l'enjeu est économique autant que culturel. Les hôteliers arlésiens ont déjà constaté une hausse des réservations pour le printemps et l'été. Les Rencontres d'Arles, grand rendez-vous de la photographie qui se tient en juillet, devraient bénéficier de l'effet d'entrainement. Deux expositions majeures dans la même saison, ça ne s'était pas vu depuis longtemps dans la cité camarguaise.
Ce qu'il faut retenir pour préparer sa visite
L'exposition « Le Passage de Vénus » se tient du 24 avril au 31 octobre 2026 au Musée départemental Arles antique. L'entrée coûte 8 euros en plein tarif. La billetterie en ligne est ouverte depuis début avril sur le site officiel du musée. Réserver à l'avance semble une bonne idée pour les week-ends et les vacances scolaires, surtout pour les visites du matin.
Pour les Marseillais qui veulent éviter la voiture, le TER Marseille-Avignon marque l'arrêt en gare d'Arles. Le trajet à pied jusqu'au musée prend une vingtaine de minutes par le pont de Trinquetaille, ou cinq minutes en bus. Ceux qui font le déplacement pour la journée peuvent enchainer avec les arènes et le théâtre antique dans le centre historique.


