Gastro à Rousset : 500 malades, le robinet interdit, l'ARS lance une enquête
Depuis le 14 avril, plusieurs centaines d'habitants de Rousset souffrent d'une gastro-entérite aiguë liée au réseau d'eau potable. L'ARS ouvre une enquête épidémiologique jusqu'au 26 avril.
Par Léa Simon · Journaliste
5 min de lecture

Philippe Pignon, maire de Rousset, ne parle plus d'une cinquantaine de cas. Il parle de « plusieurs centaines ». Entre les arrêts de travail dans la zone industrielle, les familles clouées au lit et les passages aux urgences, son village de 5 000 habitants vit une semaine qu'il n'avait pas vue venir.
Depuis le 14 avril, l'Agence régionale de santé a tiré la sonnette d'alarme sur une vague de gastro-entérites aiguës dans cette commune de l'est des Bouches-du-Rhône, à une quinzaine de kilomètres d'Aix. Le robinet est interdit à la consommation depuis le 16 avril au soir. Et ce mardi 21 avril, les habitants vident encore leurs cartons d'eau livrés depuis Montpellier.
Combien de personnes sont réellement touchées ?
Les premières estimations de l'ARS et de la Société des Eaux de Marseille évoquaient une cinquantaine de malades. Le maire, lui, a fait les comptes autrement. Il a appelé les entreprises de la zone de Rousset, discuté avec les médecins du coin, recoupé les remontées des écoles.
Verdict : plusieurs centaines de personnes présentent les mêmes symptômes :
- crampes
- diarrhées
- vertiges
- douleurs abdominales
- parfois des malaises
Certains habitants ont été hospitalisés, d'autres sont repartis aux urgences une deuxième fois.
Gabriella en fait partie. Elle y est passée deux fois dans la même semaine avec son fils de 15 ans. Liliane, retraitée, raconte avoir eu « peur de rester seule chez elle » après un malaise dans sa cuisine. Les témoignages recueillis par les médias locaux dessinent un tableau qui déborde largement le chiffre officiel du début.
L'eau du robinet en cause
Tous les malades recensés ont un point commun : ils sont raccordés au réseau public d'eau potable géré par la Société des Eaux de Marseille. C'est ce recoupement qui a poussé les autorités à regarder du côté du robinet.
Mi-avril, un dysfonctionnement technique a été identifié sur le système de chloration du réseau. La SEM a aussitôt purgé les canalisations et relancé une chloration d'urgence. L'eau a été déclarée propre à la consommation le mercredi. Puis réinterdite le jeudi, après de nouvelles remontées de cas.
Cette valse autorisée-interdite a exaspéré les habitants. « Ils nous disent que c'est interdit, puis que tout va bien, puis que c'est de nouveau interdit », râle une Roussetaine à ICI Provence. La mairie reconnaît que la communication a été compliquée à tenir.
Les premières analyses biologiques n'ont rien révélé d'anormal sur les paramètres habituels. Ni bactérie classique ni contamination chimique évidente. Du coup, deux pistes restent sur la table : un virus transmis par l'eau, ou un parasite qui aurait traversé les filtres.
Ce que cherche l'enquête de l'ARS
L'ARS Paca, en lien avec Santé publique France, a lancé le 20 avril une enquête épidémiologique ouverte jusqu'au 26 avril. Le but : cartographier l'épidémie rue par rue, foyer par foyer, et remonter à l'agent responsable.
Les habitants sont invités à remplir un questionnaire de santé de trois minutes, disponible en ligne. Plus il y aura de retours, plus la carte sera fine. Les enquêteurs veulent savoir qui a bu l'eau du robinet, à quelle heure, en quelle quantité, et à quel moment les premiers symptômes sont apparus.
Cette méthode a déjà fait ses preuves ailleurs. En 2022, c'est ce type d'enquête qui avait permis d'identifier un norovirus dans le réseau d'une commune bretonne après une épidémie similaire. À Rousset, les scientifiques n'écartent pas cette hypothèse.
La distribution d'eau à Rousset
Depuis le 16 avril, la salle Émilien-Ventre accueille chaque jour les Roussetains venus chercher leur ration. La distribution tourne de 14h à 20h. Deux bouteilles d'1,5 litre par personne et par jour, livrées par camions depuis Montpellier.
La SEM annonce 10 000 bouteilles distribuées chaque jour. Pour un village de 5 000 habitants et une zone d'activités, c'est serré. Certaines familles complètent avec leurs propres achats en grande surface, où les palettes d'eau minérale sont parties en quelques heures au Casino du centre.
La mairie rappelle que l'eau du robinet peut encore servir pour la vaisselle, la douche et les toilettes. Pour boire, pour cuisiner, pour se brosser les dents, c'est bouteille ou eau bouillie deux minutes. Les crèches et les écoles ont basculé à l'eau minérale depuis une semaine.
La facture, et ceux qui la porteront
La facture commence à enfler. Baptiste Favalessa, adjoint à la communication, évoque un coût logistique « important » sans avancer de montant. Entre les livraisons quotidiennes depuis Montpellier, le personnel mobilisé à la salle Émilien-Ventre et les analyses complémentaires demandées, la note sera salée.
La SEM, exploitante du réseau sous contrat de délégation, devrait en assumer une bonne partie. La métropole Aix-Marseille-Provence, autorité organisatrice, pourrait aussi être mise à contribution. Sauf que la métropole cherche déjà 123 millions d'euros d'ici le 28 avril pour boucler son budget 2026. La question du qui paie n'est pas anodine.
Côté habitants, certains commencent à parler d'indemnisation. Un collectif informel se structure sur les réseaux sociaux pour recenser :
- les journées de travail perdues
- les consultations médicales non remboursées
- les frais d'hôtel pour les familles qui ont préféré dormir ailleurs le temps que ça se tasse
Les prochaines étapes
Les analyses complémentaires doivent tomber en début de semaine prochaine. C'est elles qui diront si la piste du parasite se confirme, si un virus est identifié, ou s'il faut chercher ailleurs. L'enquête épidémiologique, elle, se clôt le 26 avril.
En attendant, le robinet reste interdit. Philippe Pignon n'a pas donné de calendrier de retour à la normale. Il préfère attendre les résultats plutôt que de refaire le coup du « c'est bon »-« ah non finalement ». Les habitants, eux, ont appris à faire la queue salle Émilien-Ventre.
Si vous habitez Rousset ou les communes voisines et que vous présentez des symptômes, l'ARS recommande de consulter un médecin et de remplir le questionnaire en ligne. Les cas hors réseau SEM intéressent particulièrement les enquêteurs, pour affiner le lien avec l'eau potable.


