Airbnb, prix, plages : pourquoi une partie des Marseillais rejette le tourisme
Des tags hostiles aux locations saisonnières se multiplient dans le centre-ville, alors que Marseille est la destination française la plus demandée en juillet 2026 sur Booking, rapporte France 3.
Par Léa Simon · Journaliste
3 min de lecture

Des messages hostiles aux locations saisonnières sont tagués sur les façades du quartier du Panier, rapporte France 3 Provence-Alpes le 15 août 2026. La chaîne indique que Marseille est la destination touristique française la plus demandée en juillet 2026 sur la plateforme de réservation Booking, et que la ville compte aujourd'hui plus de 13 000 logements Airbnb.
Qui détient les logements privés à Marseille ?
Une étude de l'Insee parue le 28 mars 2024 chiffre la concentration de la propriété immobilière dans la ville. En 2017, près des trois quarts des logements de particuliers du parc privé marseillais étaient détenus par des ménages multipropriétaires, directement ou via une société civile immobilière. Une proportion équivalente à celle de Nice ou de la région.
Ce qui distingue Marseille, c'est l'usage de ces biens. L'Insee compare la ville à la moyenne régionale :
| Usage des logements de multipropriétaires | Marseille | Région Paca |
|---|---|---|
| Loués | 44 % | 32 % |
| Déclarés vacants | 12 % | 9 % |
| Résidences secondaires | 2 % | 15 % |
Pourquoi le centre ancien concentre-t-il ces biens ?
Dans les 1er, 2e, 5e et 6e arrondissements, les multipropriétaires détiennent plus de 80 % du parc privé de logements de particuliers, indique l'Insee. Les biens loués ou vacants y sont concentrés, ainsi que dans les quartiers alentour.
Il s'agit surtout d'appartements, 85 % du total, et de petites surfaces : 63 m² en moyenne, contre 73 m² au niveau régional. Les logements loués ont 90 ans en moyenne, les logements vacants près de 100 ans. Les biens des propriétaires de cinq logements ou plus se situent plus souvent dans les quartiers les moins favorisés du centre, Noailles, Belsunce et Les Chartreux, ainsi que dans le 15e arrondissement.
Qu'est-ce qui a changé ces dernières années ?
France 3 interroge Victor Collet, docteur en science politique et sociologie, auteur d'un ouvrage sur les luttes urbaines à Marseille paru en 2024. Il décrit deux basculements successifs : les effondrements de la rue d'Aubagne en novembre 2018, qui ont conduit à la fermeture de 900 bâtiments et au déplacement de plusieurs milliers d'habitants, puis la sortie du confinement, qui a fait découvrir le littoral marseillais aux vacanciers français.
Selon lui, les prix ont augmenté de 10 % à 20 % dans certains quartiers, et ont doublé dans des secteurs proches de la Plaine et du Panier. Ces chiffres sont ceux d'un chercheur interrogé par la chaîne, non ceux d'un relevé officiel.
Ce que cela change pour les habitants
Le contexte social décrit par l'Insee est celui d'un marché tendu. La majorité des ménages marseillais sont locataires, 54 %, contre 49 % à Nice et 42 % dans la région. Le parc social abritait 16 % des habitants en 2020, un niveau que l'institut juge insuffisant au regard d'une population dont un quart vit sous le seuil de pauvreté. Le rapport Nicol de 2015 avait par ailleurs dénombré 40 000 logements indignes ou menaçant la santé et la sécurité, essentiellement dans le centre.
L'Insee relève enfin que les locataires des détenteurs d'au moins dix logements ont un niveau de vie sensiblement plus faible que les autres locataires du parc privé.
Les griefs recueillis par France 3 portent aussi sur la hausse du coût de la vie, le manque de place dans les parkings et la fréquentation des plages, dont certaines connaissent des fermetures à la baignade pour pollution. Dans le Panier, une commerçante interrogée par la chaîne dit constater davantage de passage pour une consommation moindre, et la fermeture de plusieurs restaurants du secteur.

