Rafles du Vieux-Port de 1943 : la justice retient le crime contre l'humanité
Le parquet national antiterroriste a qualifié mercredi 30 septembre de crime contre l'humanité les rafles de janvier 1943 et la destruction du quartier de Saint-Jean, à Marseille.
Par Léa Simon · Journaliste
2 min de lecture
Les rafles du Vieux-Port de janvier 1943 sont qualifiées de crime contre l'humanité. Le procureur national antiterroriste Olivier Christen est venu présenter ses conclusions à Marseille mercredi 30 septembre, devant des survivants et des descendants de victimes. Selon France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur et 20 Minutes, l'enquête ouverte en 2019 n'a pas permis d'identifier de responsable encore vivant.
Que retient exactement la justice ?
La qualification de crime contre l'humanité couvre deux volets : les rafles elles-mêmes, ainsi que le pillage et la destruction des 1 500 immeubles du quartier de Saint-Jean, derrière le Vieux-Port. Les faits se sont déroulés du 22 au 24 janvier 1943, dans le cadre de l'opération baptisée Sultan.
Ces opérations ont été conduites sur décision des nazis, avec la collaboration active du régime de Vichy. Plus de 83 ans après, aucun responsable encore vivant n'a été identifié, ce qui exclut tout procès.
Combien de personnes ont été touchées ?
Les chiffres retenus par l'enquête et rapportés par les deux rédactions sont les suivants :
- 20 000 personnes directement touchées, expulsées de leur quartier ;
- 1 600 déportations confirmées ;
- 1 500 immeubles du quartier de Saint-Jean détruits.
Le quartier populaire de Saint-Jean, vidé de force de ses habitants, a été rayé de la carte après les rafles. Une partie de sa population était composée d'immigrés italiens.
D'où vient cette enquête ?
Les investigations ont été lancées en 2019, après la plainte d'un avocat marseillais, Pascal Luongo, lui-même descendant d'une famille visée par les opérations. Elles ont été menées par l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité.
L'instruction a duré près de sept ans. Elle s'achève sur une analyse juridique, et non sur des poursuites, faute de mis en cause encore en vie.
Que change cette reconnaissance pour les familles ?
Avant de tenir sa conférence de presse au tribunal judiciaire de Marseille, le procureur national antiterroriste s'est entretenu avec les victimes et les descendants réunis pour l'occasion. La reconnaissance judiciaire était réclamée de longue date par les derniers survivants et leurs familles.
Elle intervient alors que les faits restent largement méconnus, y compris à Marseille. Le Vieux-Port, dont les quais accueillent aujourd'hui les grandes parades nautiques de la ville, a longtemps porté cette histoire sans commémoration officielle.
Comment la mémoire de ces rafles est-elle marquée à Marseille ?
En 2023, la mairie de Marseille avait lancé des commémorations inédites consacrées aux rafles du Vieux-Port. Le collectif Saint-Jean organise pour sa part des rassemblements à la date anniversaire, en janvier.
Parmi les descendants présents mercredi, Fernand Riberi, 76 ans, dont le grand-père reconnu déporté politique est mort au camp de Sachsenhausen, a salué la décision de la justice. La qualification retenue par le parquet national antiterroriste n'ouvre aucune procédure pénale nouvelle.


