JOTT Marseille : la marque de doudounes reprise par Amoniss, 418 salariés fixés sur leur sort
Par Thomas Reynaud · Journaliste
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418 salariés ont su lundi 13 avril. Le tribunal de commerce de Marseille a rendu son verdict après plusieurs semaines de procédure : JOTT, la marque de doudounes légères née à Marseille il y a quinze ans, passe aux mains du fonds d'investissement nordiste Amoniss. Pour 3,5 millions d'euros.
C'est la fin d'une longue incertitude. Et le début d'une nouvelle période pour les 290 salariés qui garderont leur poste. Pour les 130 qui ne passent pas dans le nouveau périmètre, les négociations s'ouvrent.
Une success-story marseillaise : les années de tous les records
Mathieu et Nicolas Gourdikian avaient 20 ans quand ils ont lancé JOTT à Marseille en 2010. Deux cousins, un concept simple : des doudounes ultra-légères, compressibles, qui se glissent dans un sac à dos. Just Over The Top. La formule a pris.
En 2014, la marque écoulait 250 000 vestes par an. En 2016, le million. JOTT s'est imposée dans les centres commerciaux, les stations de ski, les vitrines du centre-ville. À son pic, en 2022, le chiffre d'affaires atteignait 150 millions d'euros. Le groupe américain L Catterton, adossé à LVMH, avait pris une participation au capital. Les cousins Gourdikian avaient réussi leur pari.
Comment la marque a perdu 28% de revenus en un an
Le retournement a été rapide. En 2024, le chiffre d'affaires a plongé de 28%, à 54,7 millions d'euros. La concurrence a joué un rôle direct. Uniqlo vend aujourd'hui des doudounes légères comparables pour 60 euros. Pour un acheteur qui avait adopté JOTT pour son rapport qualité-prix, la différence devenait difficile à justifier.
Au printemps 2025, les actionnaires ont tenté de sauver la situation. Ils ont injecté près de 100 millions d'euros via une conversion de dettes en capital. Un effort considérable. Les ventes n'ont pas redémarré. En décembre 2025, JOTT entre en redressement judiciaire. Les 418 salariés et leurs 40 boutiques se retrouvent dans l'incertitude.
L'Opération Mars et la bataille des salariés pour choisir leur repreneur
Trois offres de reprise ont été déposées. Parmi elles, un projet baptisé « Opération Mars », soutenu par des proches de l'entreprise, qui promettait de conserver l'ensemble des emplois. 80% des salariés ont signé une pétition pour ce projet alternatif. Leur position ne laissait aucun doute.
Le tribunal de commerce de Marseille a choisi Amoniss. La décision s'appuie sur la solidité financière de l'offre. Amoniss, dirigé par Salih Halassi et basé à Villeneuve-d'Ascq, gère déjà plusieurs marques en difficulté :
- Chevignon
- Lee Cooper
- Christine Laure
- l'enseigne Pimkie
Un groupe aguerri à la reprise de labels qui cherchent un second souffle.
Ce que prévoit concrètement le plan de reprise
- Le prix d'acquisition retenu est de 3,5 millions d'euros.
- Sur les 418 salariés, environ 70% conserveront leur poste, soit quelque 290 personnes.
- 27 des 40 boutiques resteront ouvertes.
- Le siège social demeure à Marseille.
Pour les 130 salariés qui sortent du périmètre, les discussions sur les conditions de départ s'ouvrent maintenant. Les représentants syndicaux ont annoncé qu'ils suivraient ces négociations de près.
C'est clairement moins que ce que promettait l'Opération Mars. Mais JOTT ne ferme pas ses portes.
Que veut faire Amoniss de la marque JOTT ?
La question mérite d'être posée. Amoniss paie 3,5 millions d'euros pour un nom qui valait plusieurs dizaines de millions trois ans plus tôt. C'est peu. Mais c'est aussi le reflet de ce qu'est JOTT aujourd'hui : un label encore reconnu, un réseau partiel de boutiques, un modèle à reconstruire.
Avec Chevignon et Lee Cooper dans son portefeuille, Amoniss a montré qu'il peut travailler sur des marques qui ont perdu leur lustre. Si la stratégie fonctionne, JOTT peut trouver une seconde vie. Si elle échoue, les 27 boutiques restantes sont à risque.
Le siège reste à Marseille pour l'instant. Ce n'est pas rien pour une ville qui a vu plusieurs entreprises quitter la cité phocéenne après un rachat par des groupes extérieurs.
Ce que le cas JOTT révèle du marché de la mode intermédiaire
JOTT n'est pas un cas isolé. Le créneau « premium accessible » se réduit depuis quelques années. D'un côté, les géants comme Uniqlo ou Primark tirent les prix vers le bas avec une qualité qui a progressé. De l'autre, le vrai luxe tient ses marges. Au milieu, les marques de taille intermédiaire cherchent leur justification.
La croissance rapide peut masquer des fragilités structurelles. JOTT en 2025, c'est 100 millions d'euros injectés en urgence qui ne parviennent pas à stopper la spirale. C'est aussi l'histoire d'une marque qui s'est peut-être trop vite développée sans avoir le temps de consolider ses fondamentaux commerciaux.
Marseille a été le berceau de l'aventure. Elle reste, pour l'instant, le siège de sa suite. Les 290 salariés qui reprennent le travail sous Amoniss sauront dans les prochains mois si ce rachat tient vraiment ses promesses.


