Aller au contenu

Prix du carburant à Marseille : 2,27 euros le diesel, du jamais vu depuis 40 ans

Par · Journaliste

5 min de lecture

Prix du carburant à Marseille : 2,27 euros le diesel, du jamais vu depuis 40 ans

2,30 euros le litre de diesel au Leclerc de Plan de Campagne. Le chiffre fait sursauter, et pourtant il est bien réel. Depuis les frappes israélo-américaines sur l'Iran fin février et la fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran en représailles, le prix du carburant ne cesse de grimper dans les Bouches-du-Rhône. Et la colère des automobilistes marseillais commence à déborder.

Le prix du plein à Marseille

Au 31 mars, les chiffres font mal. Le gazole s'affiche en moyenne à 2,27 euros le litre dans le département. Le sans-plomb 95 tourne autour de 2,08 euros. Ce sont les niveaux les plus hauts enregistrés en France depuis 40 ans, selon les données officielles.

À la station du boulevard Chave, dans le 5e arrondissement, le sans-plomb est à 1,97 euro et le diesel à 2,09 euros. C'est l'un des prix les plus bas du secteur. Ailleurs, c'est pire. Au Leclerc de Plan de Campagne, au nord de Marseille, le SP95 est affiché à 1,97 euro mais le gazole atteint 2,30 euros.

Pour un plein de 50 litres de diesel, on est à 113 euros. Il y a deux mois, le même plein coûtait environ 85 euros.

Les raisons d'une flambée si rapide

Tout part du 27 février 2026. Les bombardements israélo-américains sur l'Iran déclenchent une escalade rapide. L'Iran riposte en fermant le détroit d'Ormuz, passage emprunté par une grande partie des pétroliers mondiaux.

Le baril de Brent passe de 72 dollars à 126 dollars en un mois. C'est la hausse mensuelle la plus brutale jamais enregistrée sur les marchés pétroliers.

Les raffineries françaises tournent déjà à plein régime. Elles ne peuvent pas produire davantage. Résultat : les prix à la pompe suivent mécaniquement le cours du brut, et les ruptures de stock se multiplient. Au 28 mars, 677 stations-service étaient en rupture partielle ou totale de carburant en France. Plus de 1 000 au 31 mars selon le Journal du Geek.

Les Marseillais s'adaptent, entre colère et système D

À Marseille, les comportements changent. Les pleins complets se font rares. Beaucoup de conducteurs ne mettent plus que 20 ou 30 euros à la fois. « C'est psychologique », reconnaît Camélia, rencontrée à une station du boulevard de la Blancarde. « Je mets 20 euros max, comme ça j'ai l'impression de moins dépenser. Mais je reviens tous les trois jours. »

Nadia, agent d'entretien, a coupé le chauffage et la climatisation dans sa voiture. « Je n'allume plus rien. Le moindre euro compte. » Oliv, habitant des quartiers Nord, dit qu'il « conduit calmement pour ne pas cramer de carburant inutilement ». Christelle, qui roule en hybride, évite d'accélérer fort en ville.

À l'auto-école « Tout est permis », boulevard de la Blancarde, la monitrice Nathalie constate un regain d'intérêt pour l'écoconduite. « Les élèves posent des questions qu'ils ne posaient jamais avant. Comment écouter le moteur, quand passer les vitesses, comment éviter les à-coups. » L'écoconduite, longtemps perçue comme un truc d'écolo, devient une question de budget.

Le plafonnement TotalEnergies et sa durée

TotalEnergies a mis en place un plafonnement depuis le 12 mars : 1,99 euro le litre pour l'essence et 2,09 euros pour le diesel dans ses stations. La mesure est prolongée jusqu'au 7 avril.

C'est un coup de pouce, mais il a ses limites. Les stations TotalEnergies qui pratiquent ces tarifs sont parfois en rupture de stock, victimes de leur attractivité. Et à partir du 8 avril, rien ne garantit que le plafonnement sera maintenu. L'Argus rapporte d'ailleurs que TotalEnergies a déjà relevé certains de ses tarifs en pleine crise.

Pour les autres enseignes, pas de geste comparable. Les indépendants et les grandes surfaces subissent les cours mondiaux sans filet.

Un retraité résume le sentiment général

Devant une pompe de Plan de Campagne, un retraité de 83 ans résume ce que beaucoup pensent tout bas : le gouvernement devrait baisser la TVA sur les carburants, comme l'Espagne l'a fait. « C'est irresponsable de laisser les gens comme ça », lâche-t-il.

Plusieurs voix réclament un geste fiscal. Mais pour l'instant, l'exécutif n'a pas annoncé de mesure ciblée. Le secteur du transport routier s'est mobilisé, et des actions de protestation ne sont pas exclues dans les jours qui viennent.

La dernière fois que les automobilistes provençaux ont été aussi remontés, c'était en 2018, avec les Gilets jaunes. Un habitant interrogé par France Bleu Provence lâche : « Même pendant les Gilets jaunes, on n'a pas vu ça. »

Comment payer moins cher à Marseille

En attendant un hypothétique geste du gouvernement, quelques pistes concrètes existent.

  • Les stations TotalEnergies restent les moins chères tant que le plafonnement tient.
  • Le site prix-carburants.gouv.fr permet de comparer les tarifs station par station.
  • Les Leclerc et Costco proposent aussi régulièrement des prix inférieurs à la moyenne, mais les files d'attente s'allongent.
  • L'écoconduite permet de réduire la consommation de 10 à 15% selon l'ADEME. Passer les vitesses au bon moment, rouler à vitesse constante, couper le moteur aux feux longs. Rien de révolutionnaire, mais sur un mois, ça se voit sur le budget.
  • Le covoiturage reprend aussi du terrain. Plusieurs groupes Facebook dédiés au covoiturage à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône ont vu leur activité doubler depuis début mars.

La situation dépendra de l'évolution du conflit au Moyen-Orient. Si le détroit d'Ormuz reste fermé, les prix n'ont aucune raison de baisser. Les automobilistes marseillais vont devoir serrer les dents encore un moment.

Partager