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Trois paquebots branchés en même temps : Marseille inaugure une première en Méditerranée

Par · Journaliste

4 min de lecture

Trois paquebots branchés en même temps : Marseille inaugure une première en Méditerranée

108 mégawatts. C'est la puissance que le Grand Port Maritime de Marseille peut désormais fournir à quai pour alimenter en électricité trois navires de croisière en simultané. Du jamais vu en Méditerranée.

Le ministre des Transports Philippe Tabarot s'est déplacé samedi 11 avril sur les quais des bassins Est pour inaugurer le dispositif baptisé « CENAQ, Escale Zéro Fumée ». À ses côtés, Renaud Muselier, Sabrina Agresti-Roubache, Christophe Castaner (président du conseil de surveillance du port) et Nicolas Isnard, le tout nouveau président de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Concrètement, qu'est-ce qui change pour les Marseillais ?

Jusqu'ici, quand un paquebot faisait escale à Marseille, ses moteurs auxiliaires tournaient en continu au fioul lourd. Pendant des heures. Parfois des jours entiers. Les riverains des quartiers proches du port connaissent bien le panache de fumée noire qui va avec.

Avec le branchement électrique, les navires peuvent couper ces moteurs dès l'amarrage et se connecter directement au réseau terrestre. Chaque navire reçoit jusqu'à 16 MW d'électricité, l'équivalent de la consommation d'une ville de 13 000 habitants. Et l'énergie fournie provient à 100 % de sources renouvelables, grâce aux panneaux photovoltaïques installés sur les hangars du port.

200 millions d'euros et deux ans de travaux

Le chantier n'a pas été une mince affaire. Plus de deux ans de travaux, un nouveau poste Enedis de 40 MW dédié au port, et une facture totale de près de 200 millions d'euros pour les bassins Est. Le financement est venu :

  • de l'Union européenne
  • de l'État (plus de 50 millions)
  • de la Région Sud (36,5 millions)
  • des collectivités locales

90 % des équipements ont été fabriqués en France, le reste en Europe. Bouygues Energie et le bureau d'études Artélia ont mené les opérations techniques. Après une phase de tests démarrée fin 2025, le système est désormais opérationnel.

De 62 000 à 3 millions de passagers

Pour comprendre l'enjeu, il faut regarder les chiffres. En 1996, le port de Marseille accueillait 62 000 croisiéristes par an. En 2026, les projections tablent sur 3 millions de passagers. Marseille est devenu le premier port de croisière en France, et l'un des plus importants de Méditerranée.

Cette croissance a un prix. Les riverains des quartiers de la Joliette, du Panier et d'Arenc se plaignent depuis des années de la pollution générée par les paquebots à l'arrêt. Des mesures d'AtmoSud, l'organisme de surveillance de la qualité de l'air, ont régulièrement pointé des pics de concentration en oxydes d'azote et en particules fines à proximité des quais.

Moins de fumée, mais pas zéro pollution

Le branchement électrique va faire baisser la pollution de manière conséquente. Selon les projections du port entre 2022 et 2035, les réductions attendues sont de :

  • 80 % pour le dioxyde de soufre
  • 75 % pour les particules fines
  • 60 % pour les oxydes d'azote

AtmoSud annonce déjà une baisse de 28 % des émissions d'oxydes d'azote liées au transport maritime à Marseille.

Mais il faut garder les pieds sur terre. Le branchement à quai ne couvre que 6 % des émissions totales d'un bateau de croisière. Quand le navire reprend la mer, les moteurs au fioul se rallument. La pollution ne disparait pas, elle se déplace. Les associations environnementales locales rappellent régulièrement que la vraie solution passe aussi par une limitation du nombre d'escales.

Quatre ans d'avance sur la réglementation européenne

Marseille Fos n'a pas attendu que Bruxelles l'oblige à agir. La réglementation européenne imposera en 2030 que 90 % des escales de navires à passagers et porte-conteneurs puissent se brancher à l'électricité. Le port a quatre ans d'avance sur ce calendrier.

Le plan « Escale Zéro Fumée » avait été lancé en 2019 par la Région Sud. Sept ans plus tard, le raccordement des trois postes de croisière des bassins Est marque une étape concrète. D'autres équipements sont prévus pour les terminaux de ferry et de fret dans les années à venir.

Un geste politique aussi

L'inauguration tombe à point nommé. À un an des municipales, la question de la pollution portuaire est un sujet brulant à Marseille. Benoît Payan le sait, Franck Allisio aussi. Se montrer en train de brancher des paquebots à l'électricité verte, c'est du pain bénit pour n'importe quel candidat. La Région, la Métropole et l'État étaient tous représentés samedi, personne ne voulait rater la photo.

Et après ?

Marseille fait un pas en avant. Un vrai. Mais les habitants du littoral nord ne se font pas d'illusions : tant que 3 millions de croisiéristes par an débarquent dans la cité phocéenne, le débat sur l'impact environnemental des croisières ne va pas s'éteindre. L'électrification des quais est un outil parmi d'autres. Pas une baguette magique.

Le prochain test sera de vérifier si les compagnies maritimes jouent le jeu. Se brancher à l'électricité a un coût pour les armateurs, et rien ne les y oblige encore formellement en dehors de la réglementation de 2030. La Région assure que les tarifs ont été calibrés pour rendre le branchement attractif. On verra.

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