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L'urine collectée à Marsatac et dans les Calanques transformée en engrais

La start-up marseillaise Ehotil récupère l'urine des toilettes sèches installées sur des festivals et des sites naturels pour en tirer un fertilisant agricole. Elle vise l'échelle semi-industrielle au printemps prochain.

Par · Journaliste

3 min de lecture

Photo d'illustration
Photo d'illustrationCrédit : Silva Montanis / Pexels, Licence Pexels

Une start-up marseillaise collecte l'urine des toilettes sèches installées sur des festivals et dans le Parc national des Calanques pour la transformer en fertilisant agricole. Ehotil prévoit de passer à une échelle semi-industrielle au printemps prochain et vient de changer d'incubateur cet été. L'information est rapportée par Made in Marseille.

Où l'urine est-elle récupérée ?

Des cuves blanches sont installées à l'écart des sites, reliées par des tuyaux à des toilettes à séparation. De l'extérieur, ces sanitaires ressemblent à des modèles classiques, à ceci près qu'une pédale se trouve sur le côté droit de l'assise. Conçues par l'entreprise Ecodomeo, elles dissocient les matières solides de l'urine à l'aide d'un tapis roulant convoyeur équipé de petits caniveaux.

Le festival Marsatac fait partie des sites équipés. « C'est la deuxième fois que l'on récupère plusieurs dizaines de milliers de litres sur ce festival », déclare à Made in Marseille Stéphane De Lacroix, fondateur d'Ehotil. Cette année, sur les sept cuves d'urine collectées lors du festival, une a été entièrement remplie grâce aux toilettes Ecodomeo. Des dispositifs équipent également le Parc national des Calanques.

Comment l'urine devient-elle un fertilisant ?

L'urine humaine contient de l'azote, du phosphore et du potassium, les trois éléments recherchés dans les fertilisants agricoles, mais aussi du calcium, du magnésium et des sels minéraux. Dans les cuves, où le liquide tourne en permanence, des bactéries transforment l'ammonium en nitrate, la forme d'azote assimilée par les plantes. Ce procédé de nitrification est calqué sur les mécanismes naturels et repose sur des pompes, des tuyaux métalliques et des jauges.

Le confinement du procédé sert aussi à retenir l'azote, qui s'évapore sous forme d'ammoniaque gazeux et provoque l'odeur caractéristique de l'urine. Le liquide subit ensuite une microfiltration destinée à éliminer les bactéries résiduelles et les micropolluants, notamment les hormones et les résidus de médicaments ou de drogues.

Selon Emmanuel Morin, directeur général d'Ehotil et fondateur d'Ecodomeo, cité par Made in Marseille, « produire des engrais azotés industriels demande d'importantes quantités d'énergie ». Il avance que « 3 tonnes de gaz de CO2 sont émis pour une tonne d'engrais » et affirme qu'Ehotil « parvient à produire 30 fois moins de ce gaz dans sa fabrication globale ». Ces chiffres sont ceux de l'entreprise et n'ont pas fait l'objet d'une validation indépendante à ce stade.

Qu'est-ce qui n'est pas encore réglé ?

Le produit fini a été validé en laboratoire sur des volumes de 2 et 10 litres, mais il reste trop dilué. L'urine est en effet composée majoritairement d'eau, ce qui pèse sur les coûts de transport et sur la conformité aux normes européennes. « Il n'est pas encore suffisamment concentré », reconnaît Stéphane De Lacroix auprès de Made in Marseille.

De nouvelles machines exploitant une cuve de 200 litres doivent permettre le passage à l'échelle semi-industrielle au printemps prochain. Les volumes produits seraient alors suffisants pour lancer des essais agronomiques, une étape encore à venir.

Que change le nouvel incubateur ?

Après avoir été accompagnée par l'incubateur public Impulse, la start-up a rejoint cet été celui de Kedge Business School. « Nous sommes ingénieurs de formation, pas commerciaux », explique Stéphane De Lacroix à Made in Marseille. L'entreprise attend de ce changement qu'il lui permette de se concentrer sur son cœur de métier et de commercialiser son engrais.

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Rubriques :Économie