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Obus découvert à la plage du Prophète : les démineurs ont fait péter la munition au large de Marseille

Un obus de 5,7 cm découvert par des nageurs lundi 20 avril près de la plage du Prophète à Marseille a été neutralisé par les plongeurs démineurs de la Marine nationale mercredi 22 avril au large de la Corniche Kennedy.

Par · Journaliste

5 min de lecture

Obus découvert à la plage du Prophète : les démineurs ont fait péter la munition au large de Marseille

Lundi 20 avril, en fin de matinée, un groupe de nageurs longe la Corniche Kennedy quand l'un d'eux aperçoit un drôle d'objet métallique posé sur le fond. Un petit cylindre de 5,7 centimètres, rouillé, oublié là par on ne sait qui et depuis on ne sait quand. Sauf que ce n'est pas un morceau de ferraille ordinaire. C'est un obus.

Deux jours plus tard, mercredi 22 avril, six plongeurs démineurs de la Marine nationale ont pris le relais au large de la plage du Prophète, dans le 7e arrondissement de Marseille. L'opération s'est terminée aux alentours de 11h, selon la préfecture maritime de la Méditerranée. La munition a été emmenée plus loin du rivage, immergée à une profondeur suffisante, puis détruite par « contre-minage ».

Traduction : on la fait péter sous l'eau, dans un endroit où elle ne peut plus faire de dégâts.

Que s'est-il passé exactement au Prophète ?

Les nageurs ne cherchaient rien de spécial. Ils suivaient le couloir de nage qui relie la Fausse Monnaie à la plage du Prophète, un tronçon très fréquenté dès que les beaux jours arrivent. L'obus se trouvait à quelques centaines de mètres du bord, posé sur un fond peu profond.

Ils ont signalé la trouvaille aux autorités. La préfecture maritime a pris la main, puis la décision a été prise de ne pas toucher à l'engin avant l'arrivée des plongeurs démineurs. Sur place, un périmètre a été mis en place côté mer. Les baigneurs ont été invités à s'écarter, et un nageur a été évacué par précaution.

La préfecture maritime de la Méditerranée a précisé que l'obus « ne présentait pas de danger immédiat ». Pas de panique, donc, mais pas question de laisser une munition de la Seconde Guerre mondiale traîner à cent mètres d'une plage marseillaise très fréquentée.

Pourquoi on retrouve encore des obus en mer à Marseille

La question revient à chaque fois que ce genre d'histoire sort dans la presse locale. Pourquoi la baie de Marseille ? Pourquoi encore en 2026 ?

La réponse tient en trois dates : 1940, 1943, 1944. Marseille a été pilonnée pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Le bombardement du 27 mai 1944, en particulier, a ravagé des quartiers entiers. Entre les raids alliés visant le port et la destruction du Vieux-Port par les Allemands en janvier 1943, la ville a pris une quantité de bombes et de munitions qu'on a encore du mal à chiffrer aujourd'hui.

Une partie de tout ça est tombée dans l'eau. Une autre partie a été jetée à la mer à la fin du conflit, quand il a fallu se débarrasser des stocks. Résultat : le fond marin entre le Pharo et la plage des Catalans est une sorte d'entrepôt sous-marin oublié. Les autorités estiment que seule une petite partie des munitions utilisées pendant les deux guerres mondiales ont été neutralisées à ce jour.

Les plongeurs démineurs de la Marine en retrouvent plusieurs dizaines par an rien que dans les Bouches-du-Rhône. La plupart sortent du sable après une tempête, ou au passage d'un nageur attentif.

Le contre-minage, comment ça marche concrètement

Quand une munition immergée est signalée, le Groupe de plongeurs démineurs (GPD) de Toulon envoie une équipe. Le protocole dépend de l'état de l'engin. S'il est stable, les plongeurs peuvent le déplacer. S'il est instable, on le fait sauter sur place, parfois en pleine mer, après avoir évacué le secteur.

Pour l'obus du Prophète, la décision a été prise de l'emmener au large. Les six plongeurs l'ont attaché, remorqué à bonne distance de la côte, puis posé une charge pour le faire détoner. Le bruit s'entend parfois depuis les hauteurs de la Corniche. Rien d'alarmant : c'est du travail de routine pour ces unités, qui interviennent sur des dizaines de cas chaque année en Méditerranée.

La mer a cette particularité de ralentir l'onde de choc. Une explosion sous l'eau, bien réalisée, fait moins de bruit qu'on pourrait le croire et ne libère pas de fragments dangereux.

Ce que ça change pour les baigneurs de la Corniche

Rien, pour l'instant. La plage du Prophète a rouvert dès que l'intervention a été terminée. Pas de restriction, pas de périmètre maintenu, aucune alerte sur la qualité de l'eau. La saison de baignade, qui démarre doucement à cette période, n'est pas perturbée.

Ce qui change, en revanche, c'est la vigilance. La mairie du 7e et la préfecture rappellent régulièrement les consignes : si vous trouvez un objet métallique suspect en mer ou sur une plage :

  • on ne le touche pas
  • on ne le déplace pas
  • on ne le sort pas de l'eau pour le prendre en photo non plus
  • on recule, on note l'emplacement et on appelle les pompiers ou la police municipale

Le bataillon de marins-pompiers de Marseille a déjà fait passer le message plusieurs fois : chaque année, des promeneurs ou des plongeurs amateurs ramènent chez eux des munitions par curiosité. Une seule d'entre elles peut suffire à faire un accident grave.

Une découverte qui tombe juste avant la saison

La trouvaille arrive au moment où les plages marseillaises reprennent vie. Le Prophète, en contrebas de la Corniche Kennedy, est l'un des spots les plus fréquentés par les nageurs à l'année. Un club de nage en eau libre y organise des entraînements hebdomadaires, et la liaison avec la Fausse Monnaie attire les habitués de la longue distance.

Autrement dit : si cet obus était resté sur le fond quelques semaines de plus, il aurait été à portée de masque et tuba de centaines de baigneurs. La chance a voulu qu'un nageur le repère tôt, et que la procédure se déroule sans bavure.

Les marins-pompiers rappellent aussi que la fin de l'hiver et les premiers gros coups de mistral remuent les fonds. Les objets enfouis depuis des décennies ressortent parfois à la faveur d'une houle un peu plus forte. D'où les découvertes qui s'enchaînent chaque printemps dans la rade.

Et maintenant ?

L'obus du Prophète rejoindra les statistiques de la préfecture maritime. En France, les démineurs effectuent environ 17 000 interventions par an, dont les trois quarts concernent des munitions des deux guerres mondiales. Beaucoup de ces opérations passent inaperçues : on n'en parle que lorsqu'elles ont lieu près d'une zone fréquentée.

À Marseille, le prochain épisode n'attendra pas longtemps. La rade en a vu d'autres, elle en verra encore. En attendant, la plage du Prophète a retrouvé son calme, et la Corniche ses joggeurs.

Et si jamais vous tombez sur quelque chose de bizarre en sortant de l'eau : ne tentez rien, appelez le 18.

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