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Procès Galéoté à Marseille : 264 000 euros, des restos et du matériel Apple devant les juges

Le patron de la CGT du Grand Port maritime de Marseille et le trésorier du CSE sont jugés ce mardi 28 avril pour abus de confiance. Le tribunal devra trancher sur 264 000 euros de dépenses contestées entre 2014 et 2018.

Par · Journaliste

5 min de lecture

Procès Galéoté à Marseille : 264 000 euros, des restos et du matériel Apple devant les juges

Une nuit d'hôtel à plus de 2 000 euros, des billets de TGV, des bons de commande chez Apple. Voilà le décor du procès qui s'ouvre ce mardi 28 avril au tribunal correctionnel de Marseille. Sur le banc des prévenus, deux figures du syndicalisme portuaire : Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du Grand Port maritime de Marseille (GPMM), et Bernard Cristalli, trésorier du comité social et économique. Les juges devront déterminer si la caisse du CSE a servi à payer un train de vie privé entre 2014 et 2018.

Le montant en jeu est précis. La justice retient 264 000 euros de dépenses qu'elle estime étrangères à l'objet du comité d'entreprise du port. Une somme qui, ramenée à quatre années, dessine un système plus qu'un dérapage isolé.

D'où vient le dossier

L'affaire ne sort pas de nulle part. Tout part d'un signalement au parquet de Marseille en décembre 2021, transmis par le procureur général près la Cour des comptes. Les magistrats financiers venaient de passer au peigne fin la gestion du comité d'entreprise du Grand Port. Ce qu'ils y ont trouvé suffit à déclencher une enquête préliminaire, confiée à la brigade financière marseillaise.

Le rapport, rédigé en février 2020, est resté confidentiel pendant près de trois ans. C'est Le Canard enchaîné qui le révèle fin 2022, sous un titre devenu une étiquette : « Une vie de luxe pour les élus CGT aux frais du CSE ».

À partir de là, l'enquête s'accélère. Pascal Galéoté est placé en garde à vue le 21 janvier 2025 dans les locaux de la brigade financière. Bernard Cristalli suit le même chemin. Le parquet précise alors que les soupçons portent sur plus de 250 000 euros sur la période 2014 à 2018. Quelques mois plus tard, le couperet tombe : renvoi devant le tribunal correctionnel pour abus de confiance.

Ce que reproche le parquet

Les pièces du dossier dessinent plusieurs catégories de dépenses :

  • Du matériel informatique et numérique, dont des achats chez Apple.
  • Des notes de restaurant.
  • Des frais de déplacement, en particulier des billets de TGV.
  • Tout un ensemble que l'enquête qualifie de « train de vie » : commandes sur des sites de prêt-à-porter, de téléphonie, de jardinage, de champagne, de décoration.

Des colis livrés directement au domicile de responsables syndicaux, selon les éléments retenus par le parquet.

Le détail le plus marquant reste cette nuit d'hôtel facturée plus de 2 000 euros, prise en charge par le CSE. La défense, elle, parle d'un usage parfaitement justifié et conteste la qualification d'abus de confiance. Lors de sa garde à vue en janvier 2025, Pascal Galéoté avait lâché à la sortie une phrase reprise par France 3 : « On a justifié tout ce qu'on avait à justifier. »

Le parquet, lui, considère qu'une partie des fonds a servi à couvrir des dépenses syndicales étrangères au CSE, en plus des dépenses personnelles. La frontière entre les deux caisses est précisément ce que le tribunal va devoir trancher.

Un personnage central des quais

Pascal Galéoté n'est pas un anonyme. Depuis plus de quinze ans, il incarne la CGT au Grand Port, le premier syndicat de la maison. Celui qu'on retrouve sur les piquets de grève des bassins Est, qui négocie pied à pied avec la direction du port, qui a son mot à dire à chaque arrivée de paquebot ou de porte-conteneurs.

Son organisation pèse. Quand la CGT du port décide de bloquer les terminaux pétroliers de Fos, c'est l'approvisionnement en carburant d'une partie du Sud-Est qui peut vaciller. Quand elle s'oppose à un projet de réorganisation, la direction du GPMM le sait : il faudra discuter, longtemps.

Cette position de force se paye aujourd'hui en exposition médiatique. Et le syndicat n'en est pas à sa première confrontation avec la justice. En avril 2023, la CGT du port a déjà été condamnée à 10 000 euros d'amende par le tribunal judiciaire pour tentative d'escroquerie, dans un dossier de fausses attestations lié à des élections professionnelles face à Force ouvrière.

Le port en toile de fond

Le procès tombe à un moment compliqué pour le GPMM. La Cour des comptes a publié l'an passé un rapport au vitriol sur la gouvernance du port, pointant un « pilotage insuffisant » et alertant sur le risque de déclassement face à Anvers, Rotterdam ou Algésiras. Le port reste un poumon économique pour Marseille, avec ses 41 000 emplois directs et indirects selon les chiffres de l'autorité portuaire, mais sa compétitivité s'effrite.

Dans ce contexte, l'image d'une caisse syndicale dérivée vers des dépenses personnelles passe mal. Ni du côté des dockers eux-mêmes, dont beaucoup vivent avec des salaires bien plus modestes, ni du côté des élus locaux qui défendent l'avenir du port à Paris et à Bruxelles.

Ce que risquent les prévenus

L'abus de confiance est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende par l'article 314-1 du code pénal. Les peines réellement prononcées dans ce type de dossier syndical sont en général moins lourdes, souvent assorties d'un sursis et d'une obligation de remboursement.

Reste la sanction politique. Une condamnation pourrait fragiliser la position de Pascal Galéoté à la tête de la CGT du port, à l'heure où le syndicat doit préparer les prochaines élections professionnelles. Et nourrir les rivaux, à commencer par Force ouvrière, déjà à la manœuvre dans le précédent dossier de 2023.

Le calendrier de l'audience

L'audience démarre ce mardi matin au tribunal correctionnel de Marseille. Selon les usages dans ce type d'affaire à plusieurs prévenus et à dossier financier épais, le délibéré sera mis en attente. Les juges prennent le temps d'analyser les pièces avant de rendre leur décision. On peut s'attendre à un verdict mis en délibéré à plusieurs semaines.

D'ici là, les soutiens vont s'organiser. La CGT a déjà appelé à se rassembler devant le tribunal pour défendre ses militants. Une manière de transformer un procès individuel en bataille politique, comme le syndicat sait le faire depuis des décennies sur le port.

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