300 jeunes forment une chaîne humaine sur la Corniche à Marseille pour la santé mentale
Par Léa Simon · Journaliste
4 min de lecture

11 935 appels de détresse reçus en 2025 par SOS Amitié Marseille. Un sur dix venait d'un jeune de moins de 25 ans. Ce jeudi 9 avril, 300 collégiens, lycéens et étudiants ont décidé de répondre à ces chiffres autrement qu'avec des statistiques. Ils se sont donné la main le long de la Corniche Kennedy, du Monument des Rapatriés (l'Hélice) jusqu'à la plage du Prophète, pour dire à ceux qui souffrent en silence : on est là.
« Relions-Nous », une chaîne humaine devenue rendez-vous annuel
C'est la troisième édition. En 2024, ils étaient une centaine. En 2025, 150 personnes avaient fait le déplacement. Cette année, le chiffre a doublé. L'opération « Relions-Nous » est portée par SOS Amitié Marseille, l'antenne locale de l'association d'écoute téléphonique qui répond 24h/24 aux personnes en détresse.
Le principe est simple et volontairement visible : des centaines de jeunes, accompagnés de leurs enseignants, forment une ligne continue le long de la Corniche Kennedy. Pas de discours interminable, pas de tribune politique. Juste des mains qui se serrent, face à la mer, à 10 heures du matin.
Plusieurs associations partenaires étaient aussi de la partie, parmi lesquelles :
- Astrée
- les Bonnes Mères
- Citizen Campus
- AVF Marseille
Des structures qui travaillent au quotidien sur l'isolement, l'accompagnement et le lien social dans les quartiers marseillais.
Les jeunes Marseillais en première ligne
Quand on regarde les chiffres, on comprend mieux l'urgence. En région PACA, 28 % des jeunes déclarent un état de mal-être psychologique. C'est le taux le plus élevé de France métropolitaine, à égalité avec la Corse. Au niveau national, 45 % des 11-15 ans souffrent de troubles anxieux selon les dernières données de Santé publique France. Et un quart des 15-29 ans se disent en situation de dépression.
A Marseille, les chiffres de SOS Amitié parlent d'eux-mêmes. L'association est passée de 9 169 appels en 2023 à 11 935 en 2025. La courbe monte chaque année. Parmi les motifs qui reviennent le plus souvent chez les jeunes appelants :
- la solitude
- le harcèlement scolaire
- l'anxiété face à l'avenir
- les pensées suicidaires
Jeanne Sialelli, présidente de l'antenne marseillaise, le résume bien : le simple fait de parler à quelqu'un, de se sentir écouté, peut suffire à rompre la spirale de l'isolement. Mais encore faut-il que des bénévoles soient là pour décrocher. Et c'est aussi l'un des objectifs de la journée : recruter de nouvelles oreilles.
La santé mentale, devenue sujet de société
On ne parlait pas de santé mentale des jeunes il y a dix ans. Pas comme ça, pas dans l'espace public, pas avec des ados qui se mobilisent eux-mêmes. Le Covid a changé la donne. Les confinements ont isolé des milliers de jeunes Marseillais dans des logements parfois exigus, loin de leurs amis, avec des écrans comme seule fenêtre sur le monde.
Depuis, la santé mentale a été déclarée grande cause nationale en 2025 par le gouvernement. Le dispositif a été prolongé en 2026. Mais les effets concrets tardent à se faire sentir dans les quartiers. Les délais pour consulter un psychologue restent longs, les structures d'accueil sont débordées, et les établissements scolaires n'ont pas tous les moyens de former leur personnel au repérage des élèves en difficulté.
SOS Amitié, de son côté, ne peut répondre qu'à un appel sur quatre. Ce n'est pas un problème de volonté. C'est un problème de bras.
Ce que change une matinée sur la Corniche
La chaîne humaine de ce jeudi n'a pas vocation à tout résoudre. Personne ne prétend que se tenir la main pendant une heure va guérir la dépression d'un lycéen. Mais la visibilité compte. Quand 300 jeunes acceptent de se montrer, de dire publiquement que la souffrance psychologique existe et qu'il n'y a pas de honte à en parler, ça envoie un message. Et visiblement, ça en inspire d'autres chaque année.
Pour les organisateurs, la prochaine étape est claire : il faut plus de bénévoles pour répondre au téléphone. SOS Amitié Marseille cherche en permanence des écoutants, formés par l'association, capables de prendre des appels le soir, la nuit, les week-ends. Les moments où le téléphone sonne le plus, et où il n'y a souvent personne pour répondre.
Si le sujet vous touche, SOS Amitié Marseille est joignable au 09 72 39 40 50, tous les jours, à toute heure. Pour écouter. Ou pour être écouté.

