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L'OM interdit La Provence de questions en conférence de presse : les syndicats menacent de saisir la justice

Par · Journaliste

4 min de lecture

L'OM interdit La Provence de questions en conférence de presse : les syndicats menacent de saisir la justice

Depuis bientôt trois semaines, les journalistes de La Provence ne peuvent plus poser de questions lors des conférences de presse de l'Olympique de Marseille. Le quotidien régional, qui couvre le club phocéen depuis des décennies, s'est vu couper le micro après la publication d'une enquête sur les méthodes de Mehdi Benatia, le directeur sportif du club. L'Union des journalistes de sport en France (UJSF) a réagi vivement et brandit la menace de poursuites judiciaires.

Tout est parti d'une enquête sur Benatia

Le 12 mars dernier, La Provence publie un long article d'investigation sur le fonctionnement interne de l'OM sous l'ère Benatia. Le titre ne laisse pas de place au doute : le journal s'intéresse au rôle, à la stratégie et aux coulisses du directeur sportif, arrivé d'abord comme conseiller de Pablo Longoria avant de prendre une place grandissante dans l'organigramme du club.

L'enquête s'appuie sur une vingtaine de témoignages anonymes. Plusieurs sources internes décrivent un management très directif et un climat de tensions au sein du club. Des frictions avec des cadres historiques de la direction sont évoquées, notamment avec Cécilia Barontini, qui aurait déposé une main courante après un échange houleux avec le dirigeant franco-marocain. Des tensions avec l'ancien coach Roberto De Zerbi sont également mentionnées, en particulier sur des questions d'interventionnisme lors de certains matchs.

Si certains reconnaissent à Benatia un vrai flair sur le marché des transferts (il a participé aux recrutements d'Elye Wahi, Lilian Brassier ou Ismaël Koné à l'été 2024), d'autres pointent un style brutal et clivant qui aurait créé des fractures en interne.

La réponse de l'OM : un communiqué cinglant, puis le silence radio

Le jour même de la publication, le club a réagi par la voix de Bel-Abbes Bouaissi, directeur de la communication sportive. Avant une conférence de presse d'avant-match, il a dénoncé des articles « à charge » tout en réaffirmant la confiance du propriétaire Frank McCourt envers Benatia.

Mais la réponse ne s'est pas arrêtée là. Dans les jours qui ont suivi, les journalistes de La Provence ont été informés qu'ils n'auraient plus le droit de poser de questions en conférence de presse. Ils restent accrédités et peuvent y assister, mais ils doivent se contenter d'écouter. En gros, on les invite à venir regarder les autres travailler.

C'est une mesure de rétorsion à peine déguisée. Et elle pose un vrai problème de principe, parce que La Provence n'est pas un média parisien de passage. C'est LE quotidien local, celui que lisent les supporters de l'OM chaque matin dans le bus ou au comptoir du bar. Leur couper la parole, c'est priver les Marseillais d'une voix qui les représente face au club.

L'UJSF hausse le ton et menace de poursuites

L'affaire a rapidement dépassé le cadre de la rédaction provençale. Vincent Duluc, président de l'UJSF, a qualifié la décision d'intolérable. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) s'est également joint aux protestations.

L'UJSF dispose d'un argument de poids : un précédent judiciaire. En mars 2023, le tribunal de Bayonne a condamné le Biarritz Olympique pour avoir boycotté des journalistes. Le club basque avait dû verser 5 000 euros de dommages et intérêts à l'UJSF, avec une astreinte de 5 000 euros par infraction supplémentaire. La cour d'appel de Pau avait confirmé cette décision en février 2024.

Le message de l'UJSF est clair : si l'OM ne rétablit pas les conditions normales de travail des journalistes de La Provence, le syndicat saisira la justice. Et vu le précédent basque, le club phocéen part avec un dossier compliqué à défendre.

Un climat tendu entre l'OM et la presse locale

Ce bras de fer n'est pas totalement inédit à Marseille. Les relations entre l'OM et les médias ont souvent été électriques, surtout sous la présidence de certains dirigeants au caractère bien trempé. Mais le boycott ciblé d'un seul journal, le principal quotidien de la ville, pour avoir publié une enquête journalistique, c'est un cap qui a rarement été franchi.

D'autant que le contexte n'est pas anodin. L'OM traverse une saison sportive en dents de scie. La récente défaite contre Lille au Vélodrome (1-2) n'a pas arrangé l'ambiance. Greenwood est sorti sur blessure pendant ce match, ajoutant une inquiétude de plus dans un vestiaire qui n'en avait pas besoin. Dans ce climat, chercher le conflit avec la presse locale ressemble plus à un réflexe défensif qu'à une stratégie réfléchie.

Que risque l'OM ?

Sur le plan juridique, le précédent du Biarritz Olympique montre que les tribunaux prennent ce type d'affaire au sérieux. Le boycott d'un média en conférence de presse a été jugé comme une atteinte au libre exercice de la profession de journaliste. Si l'UJSF met sa menace à exécution, l'OM s'expose à une condamnation similaire, voire plus lourde vu la médiatisation du dossier.

Sur le plan de l'image, c'est peut-être encore plus coûteux. Les supporters marseillais sont attachés à la transparence et n'aiment pas qu'on les prenne pour des idiots. Empêcher le principal journal local de faire son travail, ça peut vite se retourner contre un club qui a besoin de son public comme de l'air qu'il respire.

Pour l'heure, l'OM n'a donné aucun signe d'assouplissement de sa position. L'UJSF laisse encore une porte ouverte au dialogue, mais le délai de patience semble toucher à sa fin. La prochaine conférence de presse du club pourrait bien être celle de trop.

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Rubriques :MarseilleSport