Dimitri Payet a dit stop : retour sur des adieux en larmes au Vélodrome
Par Karim Bensaïd · Journaliste
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326 matchs sous le maillot blanc. 78 buts. 95 passes décisives. Et puis dimanche soir, un micro, des larmes, et un mot qui ne voulait pas sortir : retraite. Dimitri Payet a choisi le Vélodrome pour tourner la page, à la mi-temps d'OM-Lille. Le lieu n'avait rien d'un hasard.
Pourquoi Payet a-t-il annoncé sa retraite au Vélodrome ?
Dimanche 22 mars, pendant la mi-temps du match entre l'OM et Lille, Dimitri Payet est apparu sur la pelouse du Vélodrome, micro en main. La voix tremblante, les yeux rouges, le Réunionnais de 38 ans (39 le lendemain) a lâché ce que tout le monde pressentait depuis son départ du Brésil. C'est fini.
L'annonce a été diffusée en direct sur Ligue 1+. Dans les tribunes du Vélodrome, les supporters se sont levés d'un bloc. Certains filmaient, d'autres applaudissaient, pas mal essuyaient une larme. Pour un joueur qui n'est plus au club depuis bientôt trois ans, ça dit quelque chose sur la trace qu'il a laissée ici.
Neuf saisons au club, et une finale qui hante encore
L'histoire entre Payet et l'OM a commencé en 2013. Un premier passage de deux ans (2013-2015), déjà marquant, puis un retour en janvier 2017 après son épisode à West Ham. Au total, neuf saisons en deux actes, avec des hauts très hauts et quelques moments compliqués.
Le souvenir le plus douloureux reste la finale de Ligue Europa 2018 contre l'Atletico Madrid. Payet, blessé à l'aine, avait dû sortir à la 32e minute. L'OM perdra 3-0, et lui ne s'en est probablement jamais complètement remis. Ceux qui étaient au Groupama Stadium ce soir-là se rappellent de son visage en quittant la pelouse.
Mais il y a eu tellement d'autres moments. Les coups francs enroulés qui rentraient dans la lucarne comme par magie. Les passes en profondeur que personne d'autre ne voyait. Cette capacité à ralentir le jeu, à accélérer d'un coup, à faire lever 60 000 personnes sur un contrôle orienté.
Marcelo Bielsa, qui l'a eu sous ses ordres en 2014-2015, disait que Payet faisait partie de ces joueurs qui pouvaient changer un match sur une inspiration.
De Saint-Philippe à l'Euro 2016, le parcours d'un gamin de La Réunion
Avant Marseille, avant West Ham, avant les sélections en Bleu, il y a eu Saint-Philippe, petite commune du sud de La Réunion. Payet a grandi là-bas avant de rejoindre le centre de formation du Havre en 1999. Retour au pays avec l'Excelsior, puis le circuit classique du foot français : Nantes, Saint-Étienne, Lille.
C'est à Marseille que tout a basculé. Et c'est à l'Euro 2016 qu'il a atteint son sommet. Son but contre la Roumanie lors du match d'ouverture, une frappe du gauche à la dernière minute, reste l'un des plus beaux de la compétition. Trois buts en tout pendant le tournoi, une place dans l'équipe type de l'UEFA, et une France entière qui scandait son nom. Les supporters de West Ham, eux, avaient même inventé une chanson le comparant à Zidane. Rien que ça.
38 sélections avec les Bleus au total. Sept de ses huit buts en équipe de France ont été marqués en 2016. Cette année-là, Payet était sur une autre planète.
Qu'est-ce que Payet va faire maintenant à l'OM ?
C'est la question que tout le monde se pose à Marseille. Et la réponse existe déjà, au moins sur le papier. Lors de sa prolongation de contrat en 2020, une clause avait été intégrée à son accord. Elle lui garantit une place dans l'organigramme du club après sa carrière de joueur. Payet avait accepté une baisse de salaire en échange de cette promesse écrite.
Le mot qui circule dans les couloirs du centre d'entraînement Robert Vignal : directeur sportif. Le poste n'est pas vacant tout de suite, mais la perspective existe. D'autres évoquent un rôle d'ambassadeur ou de conseiller. La décision finale revient à Frank McCourt, le propriétaire américain du club, qui n'a pas encore communiqué publiquement sur le sujet.
Dimanche soir, Payet a glissé au micro de Ligue 1+ : « Je me sens chez moi. » Trois ans après son départ, la phrase avait du poids. Et à en croire les discussions en interne, un retour cet été dans un costume de dirigeant n'a rien d'improbable.
Un parcours sans grand trophée, et ça ne change rien
Certains aiment rappeler que Payet n'a jamais gagné de titre majeur. C'est vrai. La finale de l'Euro 2016 perdue contre le Portugal, la finale de Ligue Europa contre l'Atletico, pas de Ligue 1 non plus. Sur le plan comptable, la vitrine est vide.
Mais les supporters de l'OM ne raisonnent pas en nombre de coupes. Ils raisonnent en frissons. Et des frissons, Payet en a distribué pendant neuf ans. Les anciens coéquipiers, les journalistes, les fans sur les réseaux sociaux, tout le monde utilise les mêmes mots depuis dimanche : créativité, élégance, génie.
On peut trouver ça un peu facile. Mais quand 60 000 personnes se lèvent pour un joueur qui ne joue même plus là, c'est que le bonhomme a touché quelque chose de plus profond que les statistiques.
La fin du Brésil et le retour à la maison
Après son départ de l'OM en juillet 2023, Payet avait rejoint Vasco da Gama au Brésil. L'aventure n'a pas été celle qu'il espérait. Loin de sa famille, dans un championnat physique et exigeant, le Réunionnais a vite compris que ses jambes ne suivaient plus comme avant. Il n'a pas voulu s'accrocher à un projet où il ne pouvait pas donner le maximum, selon ses propres mots.
Alors il est revenu à Marseille. Pas pour jouer, mais pour dire au revoir. Et pour préparer la suite.
La ville, le club, les gens. Tout le ramène ici. Depuis 2013, en fait, Marseille est devenu chez lui. Les quartiers du Prado où il vivait, les restos du Vieux-Port, les matchs des gamins au centre Robert Vignal. Quand il dit qu'il se sent chez lui, personne ne doute de sa sincérité.
La page joueur est tournée. La page marseillaise, elle, ne fait peut-être que commencer.


